Bourse : pourquoi la diversification réduit-elle vraiment le risque ?

Fabien

diversification pour réduire le risque

Une connaissance est venue me voir il y a quelques mois avec un portefeuille composé à 80% d’actions d’une seule entreprise, celle où elle travaillait depuis vingt ans. Elle touchait des actions gratuites chaque année, il n’y avait jamais touché, et elle était intimement persuadé que « sa » boîte ne pouvait pas s’effondrer. Je ne vais pas vous dire ce qui s’est passé ensuite, mais vous imaginez probablement. La diversification en bourse, ce n’est pas un concept théorique réservé aux livres de finance, c’est ce qui aurait évité à ce monsieur de perdre une bonne partie de son épargne en quelques mois.

Je vais vous expliquer pourquoi ça fonctionne vraiment, pas juste sur le papier, et surtout comment l’appliquer sans y passer des heures chaque semaine.

Le principe mathématique derrière la diversification

Le raisonnement est simple, presque trivial une fois qu’on l’a compris. Si vous détenez une seule action, votre performance dépend à 100% du sort de cette entreprise. Un scandale comptable, un procès, un changement de PDG malheureux, et c’est tout votre capital qui trinque. Si vous détenez vingt actions de secteurs différents, un problème sur l’une d’entre elles n’affecte qu’une fraction de votre portefeuille.

Ce qui est intéressant, c’est que la diversification ne réduit pas seulement le risque de manière proportionnelle au nombre de titres. Elle joue surtout sur ce qu’on appelle le risque spécifique, celui propre à une entreprise en particulier (mauvaise gestion, dette excessive, perte d’un client majeur). Ce risque-là peut être quasiment éliminé avec un nombre raisonnable de lignes en portefeuille, généralement autour de 15 à 20 titres bien choisis selon les études classiques de théorie financière.
En revanche, il existe un risque systémique, celui qui touche l’ensemble du marché (une crise financière, une guerre, une pandémie). Celui-là, aucune diversification ne peut l’effacer complètement. Et c’est là que beaucoup de gens se trompent : ils pensent que diversifier, c’est se protéger de tout. Non. C’est se protéger de l’essentiel, pas de tout.

Diversifier ne veut pas dire multiplier les lignes au hasard

Voilà une erreur que l’on voit très souvent : des investisseurs fiers de montrer un portefeuille avec 40 lignes différentes, persuadés d’être bien diversifiés. Sauf qu’en creusant, on découvre que 35 de ces lignes sont des actions technologiques américaines. Ce n’est pas de la diversification, c’est de l’illusion de diversification.

Pour que ça fonctionne vraiment, il faut que les actifs détenus ne réagissent pas tous de la même façon aux mêmes événements. On appelle ça la corrélation. Deux actifs fortement corrélés montent et descendent ensemble, ce qui annule l’intérêt de les détenir tous les deux. Une vraie diversification combine :

  • Des secteurs différents (technologie, santé, énergie, consommation, finance).
  • Des zones géographiques différentes (Europe, États-Unis, marchés émergents).
  • Des classes d’actifs différentes (actions, obligations, immobilier, parfois un peu d’or).
  • Des tailles d’entreprises différentes (grandes capitalisations, mais aussi quelques valeurs moyennes).

Un exemple concret pour bien saisir l’effet

Portefeuille Composition Comportement en cas de choc sectoriel
Portefeuille concentré 1 seule action (ex : une entreprise du CAC 40) Chute potentielle brutale et totale du capital investi sur ce titre
Fausse diversification 30 actions technologiques différentes Chute quasi généralisée si le secteur tech traverse une crise
Diversification réelle Actions multi-secteurs, obligations, zones géographiques variées Amortissement du choc, certaines classes d’actifs compensent les autres

C’est exactement ce qui s’est passé en 2022 : les actions technologiques ont beaucoup souffert avec la remontée des taux d’intérêt, pendant que certains secteurs plus défensifs (santé, énergie) tenaient bien mieux le choc. Un portefeuille bien réparti a nettement mieux traversé cette période qu’un portefeuille concentré sur la tech.

diversifier pour réduire le risque en bourse

Les ETF, un raccourci efficace pour diversifier sans y passer sa vie

Je le dis souvent à ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de sélectionner vingt actions individuellement : les ETF (trackers) font le travail de diversification pour vous. Un ETF qui réplique le MSCI World, par exemple, vous expose en une seule ligne à plus de 1 400 entreprises réparties dans une vingtaine de pays. C’est imparfait (il reste une forte concentration sur les valeurs américaines, souvent plus de 60% de l’indice), mais ça reste infiniment plus diversifié qu’un portefeuille de 5 actions choisies au hasard sur les conseils d’un ami au dîner de famille.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, combiner un ETF monde avec un ETF obligataire et une petite poche de valeurs émergentes permet d’obtenir une diversification solide sans passer des heures à analyser des bilans comptables chaque semaine.

La diversification a quand même ses limites

Je ne vais pas vous vendre la diversification comme une formule magique, ce serait malhonnête. Elle réduit le risque, elle ne l’annule pas. Elle lisse la performance, elle ne garantit pas un gain. Et clairement, sur des marchés en forte euphorie, un portefeuille très concentré sur les bonnes valeurs peut largement surperformer un portefeuille diversifié (les investisseurs qui ont mis tout leur argent sur Nvidia en 2020 ne me contrediront pas). Le problème, c’est que ça marche aussi dans l’autre sens, et c’est justement ce qu’on ne peut jamais prévoir à l’avance.

Ce qu’il faut retenir

La diversification en bourse réduit vraiment le risque, mais uniquement le risque spécifique à une entreprise ou à un secteur, pas le risque global du marché. Pour qu’elle fonctionne, il faut combiner des actifs peu corrélés entre eux, pas simplement multiplier les lignes en portefeuille. Les ETF restent le moyen le plus simple d’y parvenir sans devenir analyste financier à temps plein. Ce n’est pas une garantie de gagner de l’argent, c’est une garantie de ne pas tout perdre sur un seul mauvais pari. Et rien que pour ça, ça vaut le coup.