Pourquoi (ne pas) investir dans l’or : ce que personne ne vous dit !

Fabien

ne pas investir dans l'or

Pourquoi investir dans l’or ? La question revient à chaque turbulence de marché, à chaque crise, à chaque discours alarmiste sur l’inflation. Et franchement, on comprend l’attrait. L’or a quelque chose de rassurant (surtout en cas de crise ou de risque de guerre par exemple), de presque ancestral. C’est tangible, c’est brillant, ça ne fait pas faillite. Sauf que voilà : entre le mythe et la réalité patrimoniale, il y a souvent un écart qui mérite qu’on s’y attarde. Ce que j’observe en gestion de patrimoine, est que l’or est souvent acheté pour de mauvaises raisons, au mauvais moment, dans le mauvais contexte. Pas toujours. Mais souvent. Voici pourquoi, à un instant T, investir dans l’or peut être une très mauvaise idée.

L’or ne produit rien

C’est le point de départ, et il est imparable. Un lingot d’or ne verse aucun dividende, ne génère aucun loyer, ne produit aucun intérêt. Vous achetez un actif dont la valeur dépend uniquement de ce qu’un autre acheteur voudra bien en payer demain. C’est de la pure spéculation sur le prix, rien de plus.

Warren Buffett l’a dit mieux que quiconque : si on rassemblait tout l’or du monde, on obtiendrait un cube d’environ 21 mètres de côté. Avec la même somme, on pourrait acheter toutes les terres agricoles des États-Unis, plusieurs fois Exxon, et garder 1 000 milliards de dollars en poche. Dans 100 ans, les terres auraient produit des récoltes, les entreprises des bénéfices. Le cube, lui, serait toujours là, inchangé. C’est le problème fondamental de l’or comme investissement à long terme.

Acheter au plus haut : le piège classique

L’or a progressé de près de 30 % en 2024, et d’environ 70 % sur l’année 2025 en dollars. Des performances exceptionnelles, historiques même. Et c’est précisément là que le danger apparaît. Parce que quand tout le monde parle d’un actif, que les banques privées le recommandent en conférence, que votre beau-frère vous en parle au réveillon, c’est souvent que la hausse est déjà largement intégrée dans les prix.

L’or suit des cycles. Des cycles longs, parfois brutaux. Entre 1980 et 2000, le métal jaune a perdu environ les deux tiers de sa valeur en termes réels. Vingt ans de disette. Ceux qui avaient acheté au pic de 1980 ont attendu plus de deux décennies pour revoir leur mise. Ce n’est pas une anecdote, c’est une réalité historique documentée. Acheter l’or après une envolée spectaculaire, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire — ou du moins, pas sans en être conscient.

La fiscalité, ce grand oublié des discussions sur l’or physique

On parle souvent du prix de l’or. On parle rarement de ce qu’il reste dans la poche une fois l’État passé. Et pourtant.

En France, la vente d’or physique (lingots, pièces) est soumise à une taxe forfaitaire de 11,5 % sur le prix de cession, quelle que soit votre plus-value réelle. Vous avez acheté 10 000 € et vous revendez 11 000 € ? Vous payez tout de même 1 265 €. Il existe une option sur la plus-value réelle à 36,2 % (19 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), avec un abattement de 5 % par an à partir de la troisième année, qui permet une exonération totale après 22 ans. Mais dans les deux cas, la sortie a un coût significatif qui ampute directement la performance nette.

C’est un élément que beaucoup d’investisseurs découvrent trop tard, une fois devant leur relevé de compte après la vente. Comparer le rendement brut de l’or à un fonds en euros ou à un PEA sans intégrer la fiscalité, c’est comparer des pommes et des avocats.

lingotin or 25g

L’or est corrélé à des facteurs que vous ne maîtrisez pas

Le cours de l’or dépend principalement de trois choses : le niveau des taux d’intérêt réels américains, la valeur du dollar, et la demande des banques centrales. Autant dire que si vous n’avez pas de vue claire sur la politique monétaire de la Fed pour les 18 prochains mois, vous investissez à l’aveugle.

Quand les taux réels remontent (comme en 2022), l’or souffre. Mécaniquement. Parce que détenir de l’or a un coût d’opportunité : si un bon du Trésor américain rapporte 5 %, un actif qui ne produit rien devient bien moins séduisant. C’est mathématique, pas magique. La hausse spectaculaire de 2024 s’explique en grande partie par l’anticipation de baisses de taux de la Fed et par la demande soutenue des banques centrales de pays émergents cherchant à se « dédollariser ». Ces moteurs-là peuvent s’inverser rapidement.

Les frais cachés de l’or physique

L’or physique, c’est beau sur le papier. Dans la pratique, c’est plus compliqué. Vous achetez avec une prime par rapport au cours spot (parfois 2 à 5 % pour les pièces), vous revendez avec une décote, et entre les deux, il faut stocker. Coffre-fort, assurance, ou conservation dans un établissement spécialisé : tout cela a un prix annuel qui grignote silencieusement votre rendement.

Les ETF or résolvent en partie ce problème, mais ils introduisent un risque de contrepartie et une fiscalité différente (PFU à 30 %, comme n’importe quelle valeur mobilière). Quant à l’or « papier » via des produits structurés ou des certificats, autant dire que vous n’avez plus vraiment d’or, juste une exposition synthétique avec ses propres risques.

Quand l’or a du sens, quand il n’en a pas

L’or n’est pas inutile. Ce serait réducteur de le prétendre. Dans un portefeuille diversifié, une allocation de 5 à 10 % peut jouer un rôle utile de couverture, notamment en cas de crise systémique profonde ou d’érosion monétaire prolongée. C’est un outil de protection, pas un moteur de performance.

Mais ce n’est pas un placement « sûr » au sens où vous l’entendez probablement. Un livret A est sûr (capital garanti). Un fonds en euros est relativement sûr. L’or, lui, peut perdre 30, 40, 50 % de sa valeur nominale en quelques années. Ce qui est vrai, c’est qu’il a historiquement bien résisté à l’inflation sur de très longues périodes (50 ans, pas 5). La nuance est importante.

Alors, faut-il investir dans l’or en ce moment ? Après deux années de hausse exceptionnelle, avec un cours qui a plus que doublé depuis 2022, la question mérite d’être posée sérieusement. Entrer sur un actif après une telle envolée, c’est prendre un risque de retournement que beaucoup sous-estiment, parce que le sentiment de marché est encore euphorique. Et l’euphorie, en finance, c’est rarement le bon signal pour acheter.

Ce qu’il faut retenir

Pourquoi investir dans l’or ? Pour diversifier un patrimoine, se protéger contre une crise systémique, et disposer d’un actif décorrélé des marchés financiers classiques. Pourquoi ne pas investir dans l’or maintenant ? Parce qu’après une hausse de près de 70 % en un an, le prix intègre déjà beaucoup de bonnes nouvelles. Parce que la fiscalité française est loin d’être neutre. Parce que l’or ne produit rien et dépend de facteurs macroéconomiques que même les grandes banques peinent à anticiper. L’or n’est pas un mauvais placement par nature. C’est un mauvais placement quand on l’achète pour les mauvaises raisons, au mauvais moment, sans comprendre ses contraintes réelles. Ce qui, malheureusement, arrive plus souvent qu’on ne le croit.