Que veut dire shorter en bourse ? Définition et explication

Fabien

définition shorter en bourse

Vous avez entendu parler de « shorter » une action, peut-être en regardant l’excellent film « The Big Short », peut-être sur un forum d’investisseurs. Le terme circule beaucoup, souvent mal compris, parfois fantasmé. Parce qu’il faut bien l’admettre : l’idée de gagner de l’argent quand les marchés baissent a quelque chose de fascinant, presque de contre-intuitif. Alors voici ce qu’il faut vraiment savoir sur le short selling (sans la romantisation du film)…

Shorter en bourse : la définition de base

Shorter une action, c’est parier sur sa baisse. En anglais, « to short » signifie littéralement prendre une position courte (« short position »), par opposition à une position longue (« long position ») qui consiste à acheter un titre en espérant qu’il monte. Quand on shorte, on fait l’inverse : on vend un titre qu’on ne possède pas, en espérant le racheter moins cher ensuite.

En français, on parle de vente à découvert (ou VAD). La notion de « découvert » dit bien ce qu’elle veut dire : vous vendez quelque chose que vous n’avez pas encore. Techniquement, vous l’empruntez d’abord, vous le vendez, vous attendez que le cours baisse, vous le rachetez moins cher, et vous le rendez à celui qui vous l’a prêté. La différence entre le prix de vente et le prix de rachat, c’est votre gain (ou votre perte si le marché ne vous donne pas raison).

Comment fonctionne concrètement une vente à découvert

Prenons un exemple simple. Vous êtes convaincu que l’action X, qui cote 100 €, est surévaluée. Voici ce qui se passe :

  • Vous empruntez 100 actions X auprès de votre courtier
  • Vous les vendez immédiatement sur le marché : vous encaissez 10 000 €
  • Trois semaines plus tard, l’action tombe à 80 €
  • Vous rachetez vos 100 actions pour 8 000 €
  • Vous les rendez au courtier, et vous empoche 2 000 € de bénéfice (avant frais)

Simple en théorie. Beaucoup moins en pratique. Parce que si l’action monte à 130 € au lieu de baisser, vous devez tout de même la racheter pour la rendre. Vous perdez alors 3 000 €. Et contrairement à un achat classique où votre perte maximale est limitée à votre mise (une action ne peut pas descendre en dessous de zéro), ici la perte potentielle est théoriquement illimitée. Une action peut monter indéfiniment. C’est le risque fondamental du short selling.

Qui shorte, et pourquoi ?

La vente à découvert n’est pas réservée aux spéculateurs qui veulent « attaquer » les marchés. Dans la réalité du métier, elle remplit plusieurs fonctions.

Les hedge funds y ont recours massivement, soit pour spéculer sur la baisse d’un titre spécifique, soit pour couvrir leurs positions longues dans une stratégie dite « long-short ». Concrètement, un gérant peut acheter des actions qu’il pense sous-évaluées et simultanément shorter des titres qu’il considère surévalués. Ça lui permet de réduire son exposition globale au marché.

Les banques d’investissement utilisent aussi la VAD, principalement pour couvrir les portefeuilles de leurs clients plutôt que pour spéculer. Et puis il y a les vendeurs à découvert professionnels, ces analystes qui fouillent les bilans à la loupe et publient des rapports à charge sur des sociétés qu’ils estiment frauduleuses ou surévaluées. Hindenburg Research, Muddy Waters : ces noms vous disent peut-être quelque chose. Ce sont eux qui ont mis à jour plusieurs scandales financiers retentissants ces dernières années.

shorter une action

The Big Short : quand shorter devient une épopée

Si vous n’avez pas vu le film de Adam McKay sorti en 2015, arrêtez de lire cet article et allez le regarder ce soir (vraiment). The Big Short raconte l’histoire vraie de Michael Burry, gérant du fonds Scion Capital, qui a analysé le marché immobilier américain au milieu des années 2000 et a compris avant tout le monde que la bulle des crédits subprimes allait exploser.

Sa décision : shorter massivement des titres adossés à des créances hypothécaires à risque, via des credit default swaps (CDS), des instruments qui lui permettaient de parier sur l’effondrement de ces obligations sans les posséder. Pendant des mois, ses investisseurs étaient furieux. Ils voyaient les primes s’accumuler sans que rien ne se passe. Burry ne cédait pas.

Quand la bulle a éclaté en 2007-2008, Scion Capital a explosé à la hausse. Burry a personnellement gagné environ 100 millions de dollars, et ses investisseurs près de 725 millions. Ce n’est pas une légende : c’est documenté, vérifié, confirmé par Wikipedia et par les archives de la SEC.

Ce que le film montre moins, c’est le fait que pendant deux ans, Burry avait l’air d’un fou. Des investisseurs quittaient le fonds. Les banques qui lui avaient vendu les CDS se moquaient de lui. Ce genre de trade, même quand on a raison, nécessite une conviction et une résistance psychologique hors du commun. Ce n’est pas un investissement. C’est une autre discipline.

Les risques du short selling que personne ne vous dit franchement

Le court-circuit le plus redoutable du short selling, c’est le short squeeze. Voici ce qui se passe : beaucoup d’investisseurs shortent le même titre. Si ce titre commence à monter (pour n’importe quelle raison), tous les shorteurs se ruent en même temps pour racheter leurs actions et limiter leurs pertes. Cette pression acheteuse massive fait encore monter le cours, ce qui force encore plus de shorteurs à racheter, et ainsi de suite. Un cercle vicieux. L’exemple le plus spectaculaire reste GameStop début 2021 : des particuliers organisés sur Reddit ont fait exploser le cours d’une action massivement shortée par des hedge funds, infligeant des pertes colossales à ces derniers.

Il y a aussi le coût de l’emprunt. Emprunter des titres pour les vendre à découvert n’est pas gratuit. Vous payez une sorte de loyer tant que votre position reste ouverte. Sur des titres très shortés ou peu liquides, ce coût peut grimper à plusieurs dizaines de pourcents par an. Autant dire que votre analyse doit se réaliser assez vite pour que l’opération reste rentable.

Dernière contrainte : en France, toute position courte nette doit être déclarée au régulateur dès 0,1 % du capital d’une société cotée. Au-delà de 0,5 %, l’AMF rend l’information publique. Ce n’est pas anodin : rendre votre position publique peut attirer des acheteurs qui veulent précisément vous coincer dans un short squeeze. Le régulateur peut aussi interdire temporairement la VAD en période de crise, comme ce fut le cas en 2008 ou en 2020 lors de la pandémie.

Peut-on shorter en tant que particulier ?

Techniquement, oui. En pratique, c’est plus compliqué. La vente à découvert classique n’est pas accessible sur tous les comptes et nécessite généralement un compte-titres avec des autorisations spécifiques. Elle n’est pas disponible sur un PEA.

Ce que font beaucoup de particuliers qui souhaitent prendre une position baissière, c’est utiliser des produits dérivés : options put, CFD (contracts for difference), ou ETF inverses. Ces instruments permettent de profiter d’une baisse sans passer par le mécanisme d’emprunt de titres. Mais ils ont leurs propres risques, notamment l’effet de levier qui peut amplifier les pertes aussi bien que les gains.

Une mise en garde concrète : les statistiques sur les CFD sont sans appel. Selon les données publiées par les courtiers eux-mêmes (obligation réglementaire en Europe), entre 70 et 80 % des comptes particuliers perdent de l’argent sur ces instruments. Ce n’est pas une anecdote, c’est une réalité structurelle. Shorter efficacement demande une maîtrise du timing, du sizing et de la gestion du risque que très peu de particuliers possèdent naturellement.

Ce qu’il faut retenir

Shorter en bourse, c’est vendre un titre qu’on ne possède pas dans l’espoir de le racheter moins cher. Le mécanisme repose sur l’emprunt de titres, et le gain correspond à la différence entre le prix de vente et le prix de rachat. Le risque majeur : la perte est potentiellement illimitée, puisqu’une action peut monter indéfiniment. Michael Burry et The Big Short ont rendu ce concept célèbre, mais attention à la romantisation : pendant deux ans, Burry passait pour un fou. Avoir raison trop tôt peut coûter autant qu’avoir tort. Pour les particuliers, la vente à découvert directe reste complexe et peu accessible. Les produits dérivés comme les options ou les CFD offrent une alternative, mais avec leurs propres pièges. Le short selling est un outil puissant entre les mains des professionnels. Entre celles du grand public, il ressemble souvent à un pari.