L’inflation est une réalité que beaucoup de Français ont redécouverte douloureusement entre 2022 et 2023, avec des hausses de prix atteignant +5,2 % en moyenne annuelle en 2022 et +4,9 % en 2023 selon l’INSEE. En 2024, le ralentissement est net : +2,0 % en moyenne annuelle. En 2025, on est retombé à +0,9 %. Le pic est derrière nous, mais les prix, eux, ne sont pas redescendus. Ils ont juste arrêté de monter aussi vite. Ce qui pose toujours la même question : où placer son argent quand les prix augmentent, pour éviter que votre épargne perde de la valeur en dormant sur un compte courant ?
Le piège du compte courant et des placements trop prudents
Commençons par l’évidence que beaucoup préfèrent ignorer. Un euro sur un compte courant ne rapporte rien. Sur une année avec 2 % d’inflation, 10 000 euros immobiles perdent l’équivalent de 200 euros de pouvoir d’achat. Sur dix ans, l’érosion est massive.
Le Livret A, longtemps présenté comme la solution miracle, est passé à 1,5 % depuis le 1er février 2026, après un pic à 3 % en 2023. Utile pour l’épargne de précaution, il ne suffit plus à compenser l’inflation dès que celle-ci remonte. Le Livret A est un outil de sécurité, pas un outil de croissance. Ce n’est pas la même chose, et confondre les deux coûte cher sur la durée. Si vous gagnez peu, c’est quand même le meilleur moyen pour commencer à investir.
Ce que vous devez faire en priorité :
- Conserver 3 à 6 mois de dépenses courantes sur des livrets réglementés (Livret A, LDDS) : c’est votre matelas de sécurité, pas votre épargne productive.
- Tout ce qui dépasse cette réserve a vocation à être investi sur des supports qui battent l’inflation sur le long terme.
- Ne jamais laisser dormir des sommes importantes sur un compte courant plus de quelques semaines.
L’immobilier et les SCPI : la pierre reste un refuge solide
L’immobilier est historiquement l’un des meilleurs remparts contre l’inflation. La raison est simple : les loyers sont indexés sur l’Indice de Référence des Loyers (IRL), qui suit lui-même l’évolution des prix à la consommation. Quand l’inflation monte, les loyers montent. Votre rendement locatif résiste donc mieux que la plupart des placements financiers.
Le problème de l’immobilier en direct, c’est qu’il demande du capital, du temps et une certaine tolérance aux locataires impayés (un sujet que personne n’évoque dans les publicités immobilières). C’est là qu’interviennent les SCPI, les Sociétés Civiles de Placement Immobilier. Vous achetez des parts d’un parc immobilier géré par des professionnels, et vous percevez une quote-part des loyers sans vous occuper de rien.
Le taux de distribution moyen des SCPI était de 4,91 % en 2025 selon l’ASPIM, après 4,72 % en 2024. Ce niveau reste nettement supérieur à l’inflation actuelle. Les meilleures SCPI, souvent les plus récentes et les plus diversifiées géographiquement, affichent des rendements entre 5 et 7 %. Attention toutefois : les SCPI s’envisagent sur un horizon d’au moins 8 à 10 ans, et les frais d’entrée (généralement 8 à 10 %) pèsent sur la performance si vous sortez trop tôt.
Ce que vous devez savoir avant d’investir en SCPI :
- Le capital n’est pas garanti : le prix des parts peut baisser, comme l’ont montré certaines SCPI en 2023 et 2024.
- La liquidité est limitée : la revente de parts peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
- Investir via une assurance-vie permet de réduire la fiscalité sur les revenus perçus.
- Diversifier entre plusieurs SCPI de gestionnaires différents réduit le risque de concentration.

Les actions : le meilleur antidote à l’inflation sur le long terme
C’est le placement que les Français boudent le plus, et celui qui performe le mieux sur la durée. Selon l’IEIF, les actions françaises ont délivré un rendement annuel moyen de 10,4 % entre 1983 et 2023 (CAC 40 dividendes réinvestis). Le CAC 40 Growth Return affiche une performance annuelle moyenne de 9,1 % depuis sa création en 1987. Ces chiffres incluent les krachs de 2000, 2008 et 2020. Pas mal pour un placement « risqué ».
La raison pour laquelle les actions protègent de l’inflation est structurelle. Une entreprise qui vend des produits ou des services peut répercuter la hausse de ses coûts sur ses prix. Ses revenus augmentent, ses bénéfices se maintiennent, et la valeur de ses actions suit. Ce n’est pas vrai pour toutes les entreprises et pas dans tous les secteurs, mais sur un portefeuille diversifié, l’effet est bien réel.
Le PEA (Plan d’Épargne en Actions) est l’enveloppe fiscale idéale pour investir en actions françaises et européennes. Après cinq ans de détention, les plus-values et dividendes sont exonérés d’impôt sur le revenu. Seuls les prélèvements sociaux restent dus, portés à 18,6 % depuis le 1er janvier 2026 suite à la hausse de la CSG votée dans la LFSS 2026. Le plafond de versement est de 150 000 euros par personne. Si vous n’avez pas encore ouvert un PEA, chaque jour qui passe est un jour d’antériorité fiscale perdu.
Ce que vous devez retenir sur les actions en période d’inflation :
- L’horizon d’investissement minimum est de 5 ans, idéalement 10 ans ou plus : la volatilité à court terme s’efface sur la durée.
- Les ETF (fonds indiciels) permettent d’investir sur l’ensemble d’un marché avec des frais très faibles, souvent inférieurs à 0,2 % par an.
- Les entreprises avec un fort « pricing power » (capacité à augmenter leurs prix) résistent mieux à l’inflation : luxe, énergie, agroalimentaire.
- Investir régulièrement (par exemple 200 euros par mois) plutôt qu’en une fois lisse les effets de la volatilité.
L’or : une protection partielle, pas une solution complète
L’or a la réputation d’être le grand refuge anti-inflation. La réalité est plus nuancée. Sur le très long terme, le rendement réel annualisé de l’or depuis 1900 s’établit à environ 1,3 % par an, selon une étude portant sur 35 marchés. C’est derrière les actions, derrière l’immobilier, même derrière les obligations sur certaines périodes. En revanche, l’or excelle dans les phases de forte incertitude et de crise : en 2025, il a progressé d’environ 65 %, l’une de ses meilleures performances annuelles depuis les années 1970.
L’or est davantage une assurance qu’un moteur de performance. Il mérite une place dans un patrimoine diversifié, généralement entre 5 et 10 % du portefeuille selon les profils, mais pas en allocation principale. Le World Gold Council le confirme : son efficacité comme couverture contre l’inflation devient particulièrement forte quand l’inflation dépasse 5 %, moins évidente en dessous.
L’assurance-vie en unités de compte : l’enveloppe polyvalente
Beaucoup d’épargnants ont leur assurance-vie garée sur un fonds euros à 2,5 % et pensent qu’ils ont fait le bon choix. Sur le fond (si l’on peut dire), c’est mieux que rien. Mais les fonds euros ont vu leurs rendements s’éroder pendant quinze ans, et même à 2,5 ou 3 %, ils ne compensent pas toujours l’inflation sur longue période.
L’assurance-vie prend tout son sens quand on l’utilise comme enveloppe pour des unités de compte : des fonds investis en actions, en immobilier (SCPI, SIIC), en obligations. La fiscalité après 8 ans est particulièrement attractive : un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule (9 200 euros pour un couple) sur les gains, avant imposition. À noter que l’assurance-vie conserve un taux de prélèvements sociaux de 17,2 %, contrairement au PEA désormais soumis à 18,6 %. Un avantage supplémentaire à ne pas négliger. C’est un outil de long terme, pas un compte épargne amélioré.
Ce qu’il faut retenir
Face à l’inflation, laisser son argent dormir est la pire des stratégies. L’inflation française a atteint +5,2 % en 2022 et +4,9 % en 2023 avant de ralentir à +0,9 % en 2025. Même à 2 %, elle ronge le pouvoir d’achat de toute épargne non investie. Les placements qui protègent durablement sont les mêmes depuis des décennies : les actions (CAC 40 dividendes réinvestis à +9,1 % par an en moyenne depuis 1987), l’immobilier et les SCPI (4,91 % de rendement moyen en 2025), et l’or en complément défensif. L’enveloppe compte autant que le placement : PEA pour les actions, assurance-vie en unités de compte pour la polyvalence et sa fiscalité avantageuse à 17,2 % de prélèvements sociaux, SCPI via assurance-vie pour l’immobilier sans contrainte. La question n’est pas de savoir si vous pouvez vous permettre d’investir. C’est si vous pouvez vous permettre de ne pas le faire.









