Faut-il investir tous les mois ou plutôt attendre le bon moment ?

Fabien

investir tous les mois ou attendre

Quelqu’un m’a dit un jour : « j’attends que les marchés baissent un peu pour investir mon capital, ce serait bête d’entrer au plus haut ». Ça fait maintenant deux ans qu’il attend. Pendant ce temps, les marchés ont grimpé, et son argent a dormi sur un compte courant à ne rapporter à peu près rien. Faut-il investir tous les mois ou attendre le bon moment, c’est une question que j’entends presque à chaque semaine, et la réponse va sans doute en surprendre certains : le bon moment n’existe pas, ou plutôt, personne ne sait jamais quand il arrive vraiment.

Je vais vous expliquer pourquoi investir régulièrement bat presque toujours la stratégie du timing parfait, chiffres à l’appui, et dans quels cas ça peut quand même se discuter.

Pourquoi personne ne sait jamais quand est le « bon moment »

C’est le premier point à intégrer, et il est un peu désagréable à admettre : même les professionnels de la gestion d’actifs, avec des équipes entières d’analystes, ne parviennent pas à prédire de façon fiable les creux et les sommets des marchés. Si c’était possible, tout le monde serait milliardaire, et ça se saurait. Attendre « le bon moment » repose sur l’idée qu’on peut identifier un point bas avant qu’il ne se produise, ce qui est, factuellement, une illusion.

Le problème, c’est que cette attente coûte cher. Le temps passé hors des marchés, c’est du temps sans performance, sans dividendes réinvestis, sans effet des intérêts composés. Et c’est justement ce temps-là qui construit la majorité de la performance sur le long terme.

C’est malheureusement une erreur que commettent beaucoup d’investisseurs débutants

La stratégie du versement programmé, ou « DCA » pour les intimes

La méthode qui fonctionne le mieux dans la pratique, c’est le versement programmé, aussi appelé DCA (Dollar Cost Averaging), ou en français, investissement périodique. Le principe est simple : vous investissez un montant fixe chaque mois, sans vous soucier du niveau des marchés à cet instant précis. Certains mois, vous achèterez plus cher, d’autres moins cher, et sur la durée, ça se compense.

L’avantage principal de la stratégie de DCA, c’est de lisser le prix moyen d’achat. Vous n’avez jamais à vous demander « est-ce le bon moment », puisque la question ne se pose plus : vous investissez, point final, tous les mois, que le marché monte ou baisse.

Un exemple chiffré pour bien comprendre le lissage

Mois Montant investi Prix de la part Parts achetées
Janvier 200 € 100 € 2
Février 200 € 80 € 2,5
Mars 200 € 120 € 1,67
Avril 200 € 90 € 2,22

Sur ces quatre mois, vous avez investi 800 euros au total, pour un prix moyen d’achat d’environ 95,20 euros la part, alors que le prix moyen brut sur la période était de 97,50 euros. Le versement programmé a mécaniquement acheté davantage de parts lors des mois où le prix était bas, ce qui améliore votre prix de revient moyen sans que vous ayez eu à deviner quoi que ce soit.

calendrier pour investissement

Les cas où investir en une fois peut quand même avoir du sens

Je ne vais pas vous dire que le versement programmé est systématiquement supérieur, ce serait malhonnête. Si vous disposez d’un capital important d’un coup (héritage, vente d’un bien, prime exceptionnelle), plusieurs études académiques montrent qu’investir la totalité immédiatement (le lump sum investing) surperforme statistiquement le versement échelonné dans la majorité des cas, tout simplement parce que les marchés montent plus souvent qu’ils ne baissent sur longue période.

Cela dit, dans la pratique, beaucoup préfèrent psychologiquement étaler l’investissement d’un capital important sur quelques mois, même si c’est statistiquement un peu moins optimal. Et c’est un choix tout à fait défendable : mieux vaut un investissement qu’on assume sereinement qu’une performance légèrement supérieure sur le papier, mais qui vous empêche de dormir la nuit.

Les erreurs les plus fréquentes liées au « market timing »

Voici ce que je constate régulièrement chez ceux qui essaient de deviner le bon moment :

  • Ils attendent une baisse qui n’arrive jamais, ou arrive bien après qu’ils aient abandonné l’idée d’investir.
  • Ils vendent en panique lors d’une baisse, réalisant une perte qui n’existait que sur le papier.
  • Ils ratent les meilleures journées de marché, qui suivent souvent de très près les pires journées (rater ne serait-ce que les 10 meilleures journées sur 20 ans peut diviser la performance totale par deux, un phénomène bien documenté dans la littérature financière).
  • Ils se justifient a posteriori leurs décisions, en oubliant qu’elles reposaient sur une prédiction, pas sur une certitude.

Ce qui compte vraiment : la régularité, pas la perfection

Le versement programmé a un autre avantage, moins souvent mentionné : il retire l’émotion de l’équation. Pas besoin de suivre l’actualité économique chaque semaine, pas besoin de stresser à chaque baisse des marchés. Vous mettez en place un virement automatique, et vous laissez le temps faire son travail. C’est nettement moins chronophage, et honnêtement, c’est aussi plus confortable psychologiquement pour la grande majorité des investisseurs particuliers.

Ce qu’il faut retenir

Faut-il investir tous les mois ou attendre le bon moment : dans l’immense majorité des cas, investir régulièrement bat l’attente d’un timing parfait qui, statistiquement, n’arrive jamais au moment où on l’espère. Le versement programmé lisse votre prix d’achat, retire l’émotion de la décision, et vous évite de rester des mois voire des années hors des marchés en attendant un signal qui ne viendra pas. Mon client qui attend depuis deux ans finira sans doute par investir un jour, le vrai regret, c’est simplement tout ce temps perdu entre-temps.