Qu’est-ce que le CAPE ratio (ou Shiller PE) et que dit-il des marchés ?

Fabien

CAPE ratio (Shiller PE)

Le PER classique a un défaut majeur : il compare le cours d’un marché à ses bénéfices actuels, qui peuvent être exceptionnellement élevés ou exceptionnellement bas selon le moment du cycle économique. Un PER de 15 en pleine récession (quand les bénéfices sont déprimés) et un PER de 15 en pleine expansion (quand les bénéfices sont au maximum) ne disent pas la même chose sur la valorisation réelle du marché. C’est ce problème que le CAPE ratio, ou ratio de Shiller, cherche à résoudre. Et ce qu’il dit des marchés en 2026 mérite une attention sérieuse.

La définition et la formule

Le CAPE ratio (Cyclically Adjusted Price-to-Earnings), aussi appelé Shiller PE, PE10 ou ratio de Shiller, a été introduit en 1988 par l’économiste de Yale Robert Shiller et son collègue John Campbell. Robert Shiller a reçu le prix Nobel d’économie en 2013, notamment pour ses travaux sur les marchés financiers et les bulles spéculatives.

La formule est simple dans son principe :

CAPE = Prix réel du S&P 500 / Moyenne des bénéfices réels des 10 dernières années (ajustés à l’inflation)

Le mot clé est « 10 dernières années ». En lissant les bénéfices sur une décennie complète, le CAPE intègre au moins un cycle économique entier, évitant ainsi les distorsions liées aux pics et aux creux conjoncturels. Un exercice exceptionnel (très bons résultats ou très mauvais) ne fait pas basculer le ratio dans un sens ou dans l’autre comme le ferait un PER classique.

Ce que le niveau du CAPE signifie

Le CAPE se lit par comparaison à sa moyenne historique longue. Depuis 1881 (Shiller a reconstitué les données depuis cette date), la moyenne historique du CAPE pour le S&P 500 tourne autour de 17,3, avec une médiane à environ 16,6. Ces valeurs représentent le « niveau normal » de valorisation du marché américain sur très longue période.

Un CAPE nettement supérieur à cette moyenne signale que le marché est historiquement cher par rapport à ses bénéfices cycliquement ajustés. Un CAPE nettement inférieur peut signaler une sous-valorisation ou un moment de stress extrême des marchés (comme en 2009, où le CAPE était descendu autour de 13).

Voici quelques repères historiques utiles :

Période / Événement CAPE au pic ou à la date Suite observée
Décembre 1999 (bulle Internet) 44,19 (record absolu) -49 % sur le S&P 500 entre 2000 et 2002
Fin 2007 (avant crise financière) ~27 -56,8 % sur le S&P 500
Fin 2021 (avant bear market 2022) ~38 -25,4 % sur le S&P 500 en 2022
Septembre 2026 (données actuelles) ~40,5 À surveiller

Le niveau actuel en 2026 : ce que les données montrent

En septembre 2026, le CAPE du S&P 500 s’établit autour de 40,5, selon les données publiées par Robert Shiller (Yale University) et reprises par multpl.com, la référence de référence pour cette série. Ce niveau représente le 98,8e percentile depuis 1881 : en 145 ans de données, seuls 20 mois sur 1 749 ont enregistré un CAPE supérieur, et ils correspondent tous à la période 1999-2000 et aux premiers mois de 2026.

Pour donner la mesure de ce que ça représente : le CAPE actuel est environ 2,3 fois supérieur à sa moyenne historique de 17,3. Même s’il reste en dessous du record absolu de 44,19 atteint en décembre 1999, le niveau actuel dépasse tous les pics qui ont précédé les grands krachs de l’histoire moderne (1929, 1987, 2007, 2022).

Ce n’est pas une prédiction. Le CAPE ne dit pas que les marchés vont baisser demain. Il dit que les marchés sont chers par rapport à leur historique de très long terme, et que les rendements futurs attendus (sur 7 à 10 ans) sont statistiquement moins favorables quand le CAPE est à ce niveau. C’est très différent d’un signal de vente immédiat.

qu'est-ce que le CAPE ratio

Les critiques du CAPE : ce que ses détracteurs disent

Le CAPE n’est pas parfait, et ses détracteurs ont des arguments sérieux à faire valoir.

Le premier : les normes comptables ont changé. Les règles de provisionnement et d’amortissement des années 1990 diffèrent des standards IFRS actuels, ce qui rend les comparaisons directes sur 145 ans potentiellement biaisées. Certains économistes estiment que le CAPE « ajusté » des changements comptables est nettement inférieur au CAPE brut publié.

Le deuxième : la composition du marché a changé. Le S&P 500 de 2026 est dominé par des entreprises technologiques à marges élevées et à forte intensité capitalistique immatérielle (actifs humains, brevets, réseaux) que les indices de 1950 ou 1970 ne contenaient pas. Un CAPE élevé peut partiellement refléter ce changement structurel de la nature du marché, pas uniquement une surévaluation.

Le troisième : le CAPE est un piètre outil de timing. Après que le CAPE a dépassé 25 en 1996, le marché a encore progressé de 100 % sur 4 ans avant d’atteindre son pic de 1999. Alan Greenspan avait évoqué « l’exubérance irrationnelle » des marchés en décembre 1996 quand le CAPE était à 28. Vendre à ce moment aurait coûté très cher.

Comment utiliser le CAPE dans votre stratégie

Le CAPE est un outil de positionnement long terme, pas un signal de trading. Voici ce qu’il peut apporter concrètement :

  • Calibrer ses attentes de rendement. La recherche de Shiller montre une corrélation inverse entre le niveau du CAPE et les rendements réels des 10 années suivantes. Un CAPE élevé prédit statistiquement des rendements futurs plus modestes, pas une catastrophe imminente. Intégrer ça dans ses projections patrimoniales évite les surprises.
  • Diversifier géographiquement. Le CAPE des marchés européens, japonais ou émergents est nettement inférieur à celui du S&P 500. Des investisseurs qui surpondèrent délibérément les marchés développés hors États-Unis utilisent le CAPE comparatif comme argument de diversification.
  • Éviter le « all-in » au mauvais moment. Investir une somme importante en une fois dans un marché à CAPE 40+ n’est pas forcément une erreur, mais le DCA (versements réguliers étalés dans le temps) réduit le risque d’une entrée concentrée à un moment de valorisation extrême.

Ce qu’il faut retenir

Le CAPE ratio (Shiller PE) divise le prix réel du S&P 500 par la moyenne des bénéfices réels ajustés à l’inflation des 10 dernières années. Créé en 1988 par Robert Shiller et John Campbell, il lisse les effets cycliques qui biaisent le PER classique. Sa moyenne historique depuis 1881 tourne autour de 17,3. En septembre 2026, il se situe autour de 40,5, soit le 98,8e percentile historique et le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré, juste après le pic de la bulle Internet de 1999. Ce niveau ne prédit pas un krach immédiat, mais signale statistiquement des rendements futurs plus modestes sur 7 à 10 ans. Le CAPE est un outil de calibration des attentes et de diversification géographique, pas un signal de timing. À connaître, à surveiller, mais pas à utiliser seul pour prendre des décisions d’investissement.